Les indicateurs de la biodiversité

Un indicateur est un témoin des progrès (ou de l’absence de progrès) dans la réalisation d’objectifs. C’est un moyen de mesurer les réalisations effectives en quantité, en qualité et en rapidité. Elle se présente sous la forme d’une variable quantitative ou qualitative qui permet d’évaluer simplement la réalisation, le changement ou la performance.

Il s’agit donc d’un composant ou d’une mesure d’un phénomène écologique, pertinent et utilisé pour décrire ou évaluer des conditions ou des changements environnementaux ou pour définir des objectifs environnementaux.


Un bon indicateur

Un bon indicateur possède les qualités suivantes :

  • l’identification : facile à identifier et facile à mesurer et à suivre et permet de détecter les changements des conditions écologiques et environnementales
  • la validité : la mesure représente ce qu’elle est sensée mesurer
  • la fiabilité : la mesure est constante dans le temps et dans l’espace
  • la sensibilité : la mesure peut déceler l’ampleur et la direction du changement au cours de la période

Il doit pour cela être :

  • robuste
  • significatif, qu’il reflète réellement les variations de son objet
  • simple et utilisable par le plus grand nombre
  • mesurable, qu’il soit capable d’enregistrer et d’analyser dans des termes quantitatifs ou qualitatifs, capable de mesurer aussi les causes et les conséquences
  • synthétique, qu’il mette en évidence les liens entre les différentes composantes du système étudié
  • précis, qu’il fournisse une indication qui signifie la même chose et est compréhensible pour tous
  • logique, qu’il ne change pas avec le temps, le même phénomène peut être mesuré à intervalles de temps
  • sensible, qu’il change de manière proportionnelle avec les changements réels du facteur mesuré
  • comparable, les données obtenues doivent pouvoir être comparées à d’autres obtenues sur d’autres sites ou dans de mêmes conditions d’expérimentation
  • pratique, basé sur une collecte de données en temps opportun, et à coût raisonnable
  • utile, pour la prise de décisions, et pour tirer les enseignements pour une meilleure planification et mise en œuvre

Un indicateur n’est pertinent que par rapport à un état passé (état de référence) et un état futur (objectif). Son interprétation dépend des échelles de temps et d’espace de l’évaluation. Ces éléments doivent donc impérativement être pris en compte lors de l’élaboration d’un indicateur.

Les types d’indicateur

Les indicateurs proxy ou indicateur de remplacement

C’est une mesure indirecte de la situation. Il est utilisé lorsque des mesures plus directes ne sont pas disponibles du fait de l’absence d’information ou de la complexité de la situation. Il est donc fondé sur une supposition du comportement de certains phénomènes en rapport avec le résultat énoncé. Il est alors spécifique au contexte et peut être quantitatif, qualitatif ou combiné.

Les indicateurs de réponse

Il illustre l’état d’avancement des mesures prises en faveur de la restauration, de la protection et/ou de la gestion des écosystèmes et de la biodiversité.

Exemples : les zones protégées, le nombre de sites, la surface des sites ou l’efficacité de gestion des zones protégées.

Il permet d’évaluer les efforts consentis à mettre en place par la société pour résoudre un problème environnemental. Les réponses sont uniquement liées aux politiques mises en œuvre par la société.

Exemple : remise en état des terres.

Les indicateurs de performance

C’est une caractéristique ou dimension particulière servant à mesurer les changements recherchés définis par un cadre de résultats d’une entité.Ils servent à observer les progrès et les résultats effectifs par rapport aux résultats escomptés. Les indicateurs de performance sont généralement exprimés sous une forme quantifiable et devraient être objectifs et mesurables.

Les espèces indicatrices

Les bonnes espèces indicatrices sont celles qui se montrent plus sensibles aux changements environnementaux que les autres et qui répondent rapidement et systématiquement aux stress environnementaux ou aux modifications.

Exemple : Les oiseaux sont de bons indicateurs de la qualité d’un habitat dans une variété d’écosystèmes car ils peuvent être sensibles à une variété de facteurs physiques et biologiques, incluant les niveaux de production primaire et secondaire dans les écosystèmes, la structure et la diversité spécifique de la végétation, la taille et la connectivité des taches d’habitat.

Certains indicateurs ou espèces cibles sont couramment utilisés dans les espaces naturels. Le gestionnaire doit s’en inspirer et choisir des composantes sur lesquelles des études ont été menées ou sont en cours à l’échelle d’un site ou d’un territoire plus vaste (par exemple, études relatives à des espèces ou des habitats rares et menacés suivis à une échelle nationale).

Lorsque le suivi porte sur l’impact des opérations de gestion, les indicateurs doivent se rapporter le plus étroitement possible aux changements physiques ou biologiques dus à la gestion et concerner les différents compartiments de l’écosystème aux divers niveaux d’organisation. Les mesures doivent être réalisées à partir d’indicateurs provenant de diverses disciplines (faune, flore, paramètres abiotiques), une mesure de gestion pouvant être favorable à un groupe d’espèces et défavorable à un autre. Aussi chaque indicateur doit-il être choisi avec soin.

Les indicateurs liés aux espèces communes

Les espèces communes présentent certains atouts méthodologiques :

  • elles ont une large distribution, ce qui permet d’échantillonner une grande diversité d’habitats et de séparer les effets des habitats et des mesures de protection, en échantillonnant à la fois espaces protégés et non protégés
  • les variations de leurs effectifs, par définition, élevés, sont plus facilement interprétables que celles des espèces rares, sujettes à des variations aléatoires.

Les indicateurs spécifiques

Des indicateurs spécifiques ont été proposés dans plusieurs groupes floristiques ou faunistiques : Algues, Amphipodes, Échinodermes, Polychètes et Mollusques qui reposent sur la caractérisation des espèces en trois groupes : espèces sentinelles en milieu non pollué, espèces à large répartition écologique en zone subnormale et espèces opportunistes en zone polluée.

Bellan (1993) a ainsi proposé de classer les espèces en trois grands types :

  • Les espèces caractéristiques liées à un peuplement particulier

Elles peuvent avoir des exigences écologiques strictes et n’appartenir qu’à un seul type de peuplement, ou préférentielles et être également présentes sur d’autres types de peuplements.

  • Les espèces indicatrices liées à l’existence d’un facteur particulier abiotique ou biotique du milieu

Ce facteur peut être naturel (nature du substrat, alternance d’immersion-émersion, hydrodynamisme…) ou anthropique (apports de polluants, de matière organique…).

  • Les espèces sentinelles

Leur présence ou leur abondance relative ont vocation d’avertissement, notamment vis-à-vis de déséquilibres de l’environnement. Les espèces indicatrices les mieux connues sont celles désignées comme indicatrice de surcharge en matière organique qui sont elles mêmes à la base de la détermination de groupes écologiques.

Les indicateurs appliqués aux écosystèmes

On peut distinguer trois catégories de variables dans un écosystème : des variables de composition, de structure et de fonctionnement.

  • Les indicateurs de composition d’un écosystème

Ils portent sur les types de paysage, les types d’habitats, les communautés, les espèces, les éléments intraspécifiques.

  • Les indicateurs de structure

Ils décrivent l’assemblage physique des éléments du système : modèle de paysage, structure et hétérogénéité des habitats, etc. Ils signifient qu’il existe des structures paysagères ayant un effet important sur la biodiversité et qui permettent donc de renseigner sur l’état de cette dernière de manière indirecte.

  • Les indicateurs de fonctionnement

Ils décrivent les processus intervenant dans l’écosystème : régime hydrologique, tendances d’utilisation des terres, interactions entre espèces, etc.

Les indicateurs de qualité écologique

Ils sont fondés sur des inventaires de terrain qui permettent une évaluation de la qualité écologique d’un site. Ils sont définis à partir de données obtenues au cours de campagnes d’inventaires.

Un indicateur à paramètre unique établit la valeur d’une grandeur à partir d’une unité de mesure unique. Cette unité peut être l’espèce, l’individu, le gène ou l’interaction. L’indicateur à paramètre unique le plus utilisé pour mesurer la biodiversité est la richesse spécifique qui se résume au nombre d’espèces présentes dans un écosystème, un pays ou la biosphère.

L’indicateur composite est l’opposé de l’indicateur à paramètre unique puisqu’il implique l’utilisation d’au moins deux unités de référence. Compte tenu du niveau de connaissances disponibles, les unités de référence retenues sont le nombre d’espèces et l’abondance au sein de chaque espèce. La combinaison de ces deux unités permet de calculer la diversité spécifique qui peut être approchée à partir des indices de Shannon ou de Simpson.

Les indicateurs d’état

Il se rapporte à la qualité et la quantité de la diversité génétique, spécifique et écosystémique. Les indicateurs d’état peuvent être des comptages de populations d’oiseaux ou des mesures de l’étendue ou de la qualité de l’habitat dont ces oiseaux ont besoin. Ils cherchent à renseigner l’état de santé de la biodiversité de manière directe en s’intéressant aux différentes entités du vivant. Ceci explique pourquoi on peut parler d’indicateurs directs.

Ils précisent la situation écologique, physique, socio-économique d’un milieu à un instant donné ainsi que les changements d’état dans le temps.

Exemple : taux de salinisation des terres.

Les indicateurs de composition

  • fréquences géniques
  • richesse spécifique
  • nombre d’habitats

Les indicateurs structurels

  • distribution en taille ou en âge d’une population
  • abondance relative des espèces d’une communauté
  • indices de fragmentation de l’habitat

Les indicateurs fonctionnels

  • taux d’échanges génétiques entre les populations
  • taux de croissance des populations
  • taux de recyclage des éléments nutritifs

Les indicateurs de pression

Il reflète la pression exercée par les activités humaines et/ou les processus naturels qui provoquent des changements sur le milieu.

Exemple : Les indicateurs de superficie des terres affectées par la salinisation, liés aux effets de l’activité humaine et des variations climatiques sur la qualité des sols.

L’indicateur de capital naturel (ICN)

Il vise à évaluer l’érosion de la biodiversité à partir de l’impact des activités humaines sur les habitats naturels. Il s’intéresse à la quantité et la qualité des habitats. L’évolution quantitative des habitats est liée à la conversion d’espaces naturels en espaces agricoles et à l’urbanisation. L’évolution qualitative est liée à la pollution, au réchauffement climatique, à l’introduction d’espèces invasives et à la fragmentation des habitats qui se traduit par la diminution de l’abondance d’espèces clés de vertébrés et de végétaux.

L’évolution de la qualité et de la quantité est calculée à partir d’un ratio qui représente un changement par rapport à un état de référence initial :

ICN = évolution de la quantité des écosystèmes (%) x évolution de la qualité des écosystèmes (%)

L’indicateur d’intégrité de la biodiversité

Il s’agit d’un indicateur indirect d’abondance moyenne d’un ensemble d’organismes (vertébrés et plantes) vivant dans une aire géographique donnée. Cet indicateur propose une approximation de l’évolution de la biodiversité à partir de l’impact des activités humaines sur des populations animales et végétales de référence et de généraliser cet impact sur l’ensemble des populations appartenant aux mêmes groupes fonctionnels.

Chaque taxon est ainsi divisé en plusieurs groupes fonctionnels (entre 5 et 10) composés d’espèces répondant de manière similaire aux pressions exercées par les activités humaines. Les regroupements fonctionnels sont réalisés à partir de trois critères clés : la taille corporelle des organismes, les niches trophiques utilisées et les stratégies de reproduction adoptées. Il est suggéré d’utiliser au minimum trois spécialistes pour chaque groupe taxonomique (plantes, mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens). Ces derniers doivent évaluer l’impact des activités sur les populations des différents taxons et selon les écosystèmes types (forêts, savanes, prairies, zones humides et friches).


Un indicateur ne doit être mobilisé et interprété qu’avec précaution. Il a été développé dans un contexte particulier pour un usage particulier. Il convient de lire soigneusement ses caractéristiques et de prendre en considération les limites d’usage précisées dans la fiche.

Les indicateurs seuls ne sont pas suffisants pour mettre en évidence le bien-fondé des interventions de conservation. Ils doivent s’inscrire dans un processus complet qui les lie aux buts du projet, aux objectifs et aux activités.

Un indicateur est un élément quantitatif qui vise à alimenter le débat et non à le remplacer. Il doit toujours être replacé dans la perspective plus large d’une analyse qualitative par ses utilisateurs.

 Photo by Lukas from Pexels
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