Les principes agricoles de la permaculture

« Adoptez le rythme de la nature, son secret c’est la patience »

Ralph Waldo Emerson 

Après l’introduction générale à la permaculture, je vous présente les principes agricoles de la permaculture.

Puisque souvent on s’intéresse à la permaculture pour sa mise en pratique dans un jardin-potager, vous trouverez ci-dessous les principes de base de la permaculture puis les techniques culturales qui y sont associées.


Chaque élément remplit plusieurs fonctions

Un élément doit être pensé pour avoir plusieurs fonctions. Il peut avoir une fonction principale associée à une fonction secondaire.

Exemples :

Une haie protège le potager du vent froid, elle sert aussi à attirer les oiseaux, fauvettes, mésanges, rouges-gorges qui sont des auxiliaires de culture. Elle sert également à fournir du bois de chauffage et ses fleurs peuvent attirer les pollinisateurs tels que les abeilles voire même fournir des fruits comestibles comme le sureau.

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Une mare qui sert à élever des poissons peut également abriter des auxiliaires de culture, servir de point d’irrigation, etc.

Le paillage protège le sol contre le soleil ou la pluie battante et il réduit l’évaporation de l’eau, freine la pousse des mauvaises herbes, fertilise le sol, etc.

Chaque fonction importante est assurée par plusieurs éléments

En s’assurant que plusieurs éléments assurent une fonction importante, on rend le système moins vulnérable, plus résilient et donc plus durable.

Exemples :

La fonction de paillage du sol peut être assurée par plusieurs éléments comme la tonte du gazon, des fougères prélevées dans les fossés, le bois fragmenté, etc.

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L’irrigation peut être assurée par un puits, un récupérateur d’eau de pluie, etc.

Les déchets des uns sont les ressources des autres

L’objectif est de réduire les entrées et les sorties du système composant le jardin/potager avec éventuellement la maison. Pour cela, il faut exploiter un maximum les matériaux, l’énergie et les ressources du système pour en tirer le plus de profit possible et provoquer le moins de nuisances possible à l’environnement.

Dans la permaculture, la sortie d’un élément ne doit pas devenir un déchet mais une nouvelle entrée pour une autre fonction.

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Exemple :

La production de composte est un élément très connu de la réutilisation de déchets. L’engrais obtenu à partir de ces déchets permettra de nourrir les plantes afin de produire à nouveaux de la nourriture dont les déchets seront ensuite remis au composte.

Une caisse en polystyrène récupéré chez le poissonnier peut par exemple servir de contenant efficace pour faire ses semis.

Préserver le sol

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En permaculture, diverses techniques sont utilisées pour préserver les qualités du sol.

  • Couvrir le sol chaque fois que c’est possible

Dans la nature, un sol n’est jamais nu. Il est donc nécessaire de le couvrir, notamment avec du paillage. Il peut être composé de paille (ce qui a donné son nom) ou de toutes sortes de matières végétales comme les feuilles, les fougères, etc.

  • Ne pas retourner la terre

Le labour comme le bêchage en profondeur perturbent les différentes couches du sol et la micro-faune. Un sol naturel est très riche en vers de terre qui assurent sa fertilité et son ameublissement.

Le travail du sol doit donc se limiter à un griffage de surface ou si le sol est compact, une aération avec une fourche à bâcher mais sans le retourner.

  • Ne pas employer d’engrais chimiques

L’apport d’engrais chimique crée un déséquilibre obligeant à continuer d’apporter des engrais.

La permaculture utilise comme fertilisant les déchets végétaux, voire des déchets de cuisine épandus à même le sol (compostage de surface) comme le fumier, le compost mais également des engrais verts tels que les trèfles, la luzerne, les vesces, les fèves ou lupin, le seigle, la phacélie, etc.

Ces engrais verts ne sont pas enfouis mais utilisés en paillis sur le sol. Certains estiment que le paillage et les engrais verts suffisent pour nourrir convenablement le sol et qu’il est inutile d’apporter du fumier ou du compost.

Entretenir la diversité
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La diversité est le meilleur garant de la stabilité d’un milieu. Elle augmente les interactions bénéfiques entre les éléments du système qui devient alors plus productif et moins vulnérable aux aléas climatiques, aux attaques de parasites ou aux erreurs humaines. Si une culture vient à souffrir de ces conditions, d’autres cultures seront là pour pallier à cet inconvénient.

  • Multiplier les écosystèmes

Un jardin cultivé en permaculture présente le plus souvent des modes de cultures multiples : culture sur buttes, en lasagne, plates-bandes, culture sous abri forestier, etc, en fonction des espèces cultivées. Cela favorise aussi la vie sauvage qui participe à l’équilibre du système.

  • Diversifier et mélanger les espèces

La diversité d’espèces cultivées à de nombreux atouts. Ces espèces ayant des besoins différents, elles ne vont pas appauvrir le sol car il aura le temps de se régénérer. Les dégâts causés par les ravageurs vont aussi être moins importants car les cultures plus difficiles à localiser ou repousser grâce à l’association de culture. La pollinisation sera meilleure pour les espèces qui n’attirent pas les pollinisateurs grâce à la présente d’espèces attractives. Certaines espèces peuvent aussi limiter la pousse d’espèces non-désirées.

Les espèces peuvent être mélangées dans une même parcelle afin d’en exploiter tous les parties, non seulement en surface mais aussi en profondeur. Les racines des espèces n’explorant pas les mêmes profondeurs de sol, des espèces peuvent cohabiter sans subir de concurrence alimentaire. Certaines espèces vont même s’entraider en libérant des éléments nutritifs dans le sol normalement indisponible. C’est le cas par exemple des légumineuses souvent associées car elles rendent disponibles l’azote dans le sol.

Il est donc intéressant de cultiver de nombreuses plantes différentes, parfois méconnues, les espèces issues de sélections génétiques mais aussi les variétés anciennes plus rustiques et des plantes sauvages. La diversité concerne aussi les plantes d’ornement afin d’attirer des insectes diverses dont des pollinisateurs et des auxiliaires de culture, de répulser ou piéger les ravageurs et pourquoi pas avec des fleurs comestibles.

  • Compter sur l’autorégulation

En permaculture, on n’utilise aucun insecticide ou fongicide, même ceux autorisés en agriculture biologique. On ne pratique pas non plus la lutte biologique en apportant des auxiliaires dans les cultures pour ne pas déséquilibrer l’écosystème.

En cas d’attaque, on mise sur l’autorégulation qui ne peut avoir lieu si on laisse au système le temps de se mettre en place et en diversifiant les milieux. Ne pas éliminer les espèces non-désirées et accepter quelques pertes au début pour qu’à terme l’équilibre se crée et les pertes se font moindre.

Optimiser l’espace et le temps

Les végétaux sont plantés serrés dans la nature, il est donc possible de faire de même. Non seulement la production sera plus importante mais la végétation entretient également un microclimat frais et humide au niveau du sol.

Il est intéressant alors d’alterner entre des plantes au développement vertical (poireaux) par des plantes évoluant plus près du sol (laitues, radis) . Les espèces non-désirée auront alors beaucoup plus de mal à s’installer.

Une autre solution est de cultiver des espèces que l’on peut palisser (haricots, cornichons, courges, kiwis) et ainsi faire pousser d’autres espèces en dessous.

Pour bénéficier de produits toute l’année, on cultive des espèces et des variétés dont la récolte s’échelonne dans le temps. L’utilisation d’une serre permet aussi d’allonger la durée de production.

Limiter la consommation d’énergie

Dans un système de production agricole classique, la dépense d’énergie pour produire les aliments est plusieurs fois supérieure à l’énergie apporté par ces mêmes aliments.

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En permaculture, on veut inverser cette dépense et faire en sorte que ce qui est produit rapporte plus d’énergie que ce qui a servi à le fabriquer. Pour cela, on utiliser le moins possible d’énergie fossile et le plus possible d’énergie renouvelable, en particulier solaire. Les engins motorisés sont très peu utilisés, ce sont plutôt les outils manuels. Il est possible aussi d’avoir recours à des animaux pour le travail du sol ou le transport de marchandises.

Cultiver des plantes qui restent en place est également un moyen de limiter cette consommation d’énergie. Elles demandent moins de travail que les plantes annuelles et coûtent moins cher à produire. Parmi ces plantes, on trouve les arbres et les arbustes, les fraisiers, les asperges, beaucoup de plantes aromatiques, etc. Mais pas seulement, bon nombre de nos légumes traditionnellement cultivés ont leur version vivace tel que le poireau perpétuel, le chou daubenton, l’oignon rocambole, le céleri perpétuel (ou livèche), etc.


De ses principes de base destinés au jardin-potager, on peut en tirer pour certains des principes à appliquer sur de nombreux aspects de notre vie.

C’est pour cette raison que la permaculture est parfois décrite comme une philosophie, un mode de vie, c’est parce qu’elle ne concerne pas seulement le jardinage.

En tant que conseillère en biodiversité et grâce à mes études en agronomie, je peux vous conseiller si vous souhaitez mettre en place un jardin-potager en permaculture. N’hésitez pas à me contacter.

Crédit photo : 
walkersalmanac from Pixabay 
Vadim_PP2013 on VisualHunt.com / CC BY-NC-ND
Fon-tina on VisualHunt.com / CC BY-NC-SA
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